Histoire

Les pays les plus récents du monde : dates, référendums et sièges à l’ONU

Seuls six États sont entrés à l’ONU depuis 2000, et le dernier, le Soudan du Sud, y siège depuis juillet 2011. Voici quand chaque pays récent est devenu indépendant, comment il y est parvenu et pourquoi le Kosovo est un cas à part.

Frise chronologique de 1993 à 2011 avec les dates d’indépendance de la Tchéquie et de la Slovaquie, de l’Érythrée, des Palaos, du Timor oriental, du Monténégro, du Kosovo et du Soudan du Sud ; le Kosovo est le seul à ne pas être membre de l’ONU
Frise : les huit États les plus récents et leur date d’indépendance. Tous sont membres de l’ONU, sauf le Kosovo. (Sources : liste des États membres de l’ONU ; Wikipédia.)

Qu’appelle-t-on un « nouveau pays » ?

Il n’existe pas de registre mondial des pays : pour parler des « plus récents », il faut donc un critère. Le plus pratique est l’adhésion à l’Organisation des Nations unies. Un État y est admis par un vote des deux tiers de l’Assemblée générale, sur recommandation du Conseil de sécurité, où chacun des cinq membres permanents dispose d’un droit de veto. Les 193 membres actuels ont tous franchi cette étape. Beelad couvre ces 193 États, plus le Vatican, le Kosovo et Taïwan, soit 196 fiches. La Palestine, État observateur à l’ONU, ne figure pas dans la liste de Beelad.

Trois cas souvent mal classés :

  • La Serbie n’est pas un nouveau pays. Lors du départ du Monténégro en 2006, elle s’est déclarée successeur juridique de la Communauté d’États Serbie-et-Monténégro et a conservé son siège à l’ONU, qui date du 1er novembre 2000.
  • La Suisse a rejoint l’ONU le 10 septembre 2002, bien après la plupart des pays, mais c’est l’un des plus anciens États d’Europe.
  • La Russie a repris le siège de l’Union soviétique en 1991, et l’Allemagne (1990) comme le Yémen (1990) sont issus de la fusion de membres existants, pas de créations nouvelles.

Ces cas mis de côté, huit États sont nés depuis la fin de la grande vague du début des années 1990. Le tableau les compare.

Les pays les plus récents en un coup d’œil

PaysIndépendanceSéparé deRéférendum, part du « oui »Admission à l’ONUJours avant le siège à l’ONU
Soudan du Sud9 juil. 2011Soudan98,83 % (janv. 2011)14 juil. 20115
Kosovo17 févr. 2008 (proclamée)Serbie (sous administration de l’ONU depuis 1999)aucunNon membre–
Monténégro3 juin 2006Communauté d’États Serbie-et-Monténégro55,50 % (mai 2006)28 juin 200625
Timor oriental20 mai 2002Administration transitoire de l’ONU (ATNUTO)78,50 % (août 1999)27 sept. 2002130
Palaos1er oct. 1994Territoire sous tutelle de l’ONU administré par les États-Unis–15 déc. 199475
Érythrée24 mai 1993Éthiopie99,83 % (avr. 1993)28 mai 19934
Tchéquie et Slovaquie1er janv. 1993Tchécoslovaquiepas de référendum19 janv. 199318

La dernière colonne compte les jours entre l’indépendance et l’admission. Il a suffi de quatre jours à l’Érythrée et de cinq au Soudan du Sud ; le Timor oriental a attendu 130 jours.

Soudan du Sud (2011) : le dernier membre de l’ONU

L’indépendance du Soudan du Sud découle de l’Accord de paix global de 2005, qui a mis fin à la deuxième guerre civile soudanaise. L’accord promettait au Sud un vote, organisé du 9 au 15 janvier 2011. La participation a atteint 97,58 % des 3 851 994 inscrits, et 98,83 % des suffrages valables se sont prononcés pour la sécession. L’indépendance a été proclamée le 9 juillet 2011 et l’ONU a admis le nouvel État cinq jours plus tard, le 14 juillet, comme 193e membre.

Ce n’est pas un petit pays. La fiche Beelad du Soudan du Sud indique 619 745 km² et 11 483 374 habitants (estimation de l’ONU au 1er juillet 2023), soit plus que la superficie de la France métropolitaine retenue par Beelad (551 695 km²). Sa capitale est Djouba et sa monnaie, la livre sud-soudanaise, porte le code ISO SSP.

Kosovo (2008) : indépendant, mais pas à l’ONU

Le Parlement du Kosovo a proclamé l’indépendance vis-à-vis de la Serbie le 17 février 2008. Le territoire était placé depuis le 10 juin 1999 sous une mission de l’ONU (MINUK), créée par la résolution 1244 du Conseil de sécurité. La Serbie ne reconnaît pas cette déclaration et considère toujours le Kosovo comme une partie de son territoire. Dans un avis consultatif du 22 juillet 2010, la Cour internationale de justice a estimé que la déclaration ne violait pas le droit international, sans se prononcer sur la qualité d’État du Kosovo.

Le nombre de pays qui le reconnaissent dépend de la source. En octobre 2026, trois chiffres circulent :

Graphique en barres du nombre d’États membres de l’ONU qui reconnaissent le Kosovo selon la source : 120 selon le gouvernement du Kosovo, au moins 110 selon un décompte indépendant au 19 décembre 2025, 84 selon le gouvernement serbe, avec une ligne de référence à 129, les deux tiers de 193
Graphique : reconnaissances du Kosovo selon la source, chiffres publiés en octobre 2026 (source : Wikipédia en anglais, International recognition of Kosovo).
  • Environ 120, le chiffre avancé par le gouvernement du Kosovo.
  • Au moins 110 sur 193 (environ 57 %), selon le décompte indépendant tenu sur Wikipédia, modifié pour la dernière fois le 19 décembre 2025 avec la reconnaissance des Bahamas. Le Kenya, le Soudan et la Syrie l’ont reconnu en 2025.
  • 84, le chiffre du gouvernement serbe, qui retranche les États dont il annonce le retrait de la reconnaissance. Certains de ces retraits ont été démentis ou annulés : les Palaos se sont retirés en 2019 puis ont rétabli leur reconnaissance en 2023.

Parmi les pays qui ne le reconnaissent pas figurent la Serbie, deux membres permanents du Conseil de sécurité (la Chine et la Russie), l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et cinq membres de l’Union européenne (Chypre, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie). Comme l’admission à l’ONU exige une recommandation du Conseil de sécurité, un veto russe ou chinois suffit à la bloquer, quel que soit le nombre de voix à l’Assemblée générale. Le Kosovo est pourtant membre du FMI et de la Banque mondiale, et il utilise l’euro. Son code XK est un code « attribué par l’utilisateur », pas une entrée officielle de la norme ISO 3166-1.

Monténégro (2006) : une victoire au seuil près

Le Monténégro ne s’est pas séparé de la Serbie à proprement parler : il a quitté la Communauté d’États Serbie-et-Monténégro. L’Union européenne, qui encadrait le processus, avait fixé deux conditions pour le référendum du 21 mai 2006 : une participation d’au moins 50 % et au moins 55 % des suffrages valables en faveur de l’indépendance. La participation a été de 86,49 %. Le Parlement a proclamé l’indépendance le 3 juin et l’ONU a admis le Monténégro le 28 juin 2006. Le pays a rejoint l’OTAN en 2017.

Exemple chiffré : à quelle distance du seuil de 55 % ?

Résultats officiels : 230 711 voix pour l’indépendance et 184 954 contre, soit 415 665 suffrages valables.

  • Part du « oui » : 230 711 ÷ 415 665 = 55,50 %.
  • Voix nécessaires à 55 % : 0,55 × 415 665 = 228 615,75, donc au moins 228 616.
  • Marge au-dessus du seuil : 230 711 − 228 616 = 2 095 voix.
  • Si 2 096 électeurs du « oui » avaient voté « non », l’indépendance aurait échoué à 54,9998 %. S’ils avaient été 4 657 à rester chez eux, elle aurait aussi échoué.

À la majorité simple, le résultat n’aurait rien eu de serré : le « oui » avait 45 757 voix d’avance.

Timor oriental (2002) : une indépendance reçue d’une administration de l’ONU

Le Timor oriental a été une colonie portugaise jusqu’en 1975. Le Fretilin y a proclamé l’indépendance le 28 novembre 1975 ; l’Indonésie a envahi le territoire le 7 décembre et l’a occupé pendant 24 ans. Lors d’une consultation organisée par l’ONU le 30 août 1999, 78,50 % des votants ont rejeté l’autonomie au sein de l’Indonésie, avec une participation de 98,93 %. L’Indonésie s’est retirée et, à partir du 25 octobre 1999, le territoire a été administré par l’Administration transitoire des Nations unies au Timor oriental (ATNUTO), créée par la résolution 1272 du Conseil de sécurité. La souveraineté est passée de cette administration onusienne au nouveau gouvernement le 20 mai 2002, et l’ONU a admis le pays le 27 septembre 2002.

Étonnant mais vrai : indépendant deux fois

Le gouvernement du Timor oriental appelle le 20 mai le jour de la « restauration de l’indépendance », car il considère la proclamation de 1975 comme la première. Cette première indépendance a duré neuf jours, jusqu’à l’invasion indonésienne. Le pays célèbre donc deux dates, et certaines sources parlent pour 2002 d’une restauration plutôt que d’une naissance.

Palaos, Érythrée, Tchéquie et Slovaquie (1993-1994)

Palaos

Après la Seconde Guerre mondiale, les Palaos ont fait partie du Territoire sous tutelle des îles du Pacifique, confié par l’ONU aux États-Unis. Le 1er octobre 1994, la tutelle a pris fin et un accord de libre association avec les États-Unis (Compact of Free Association) est entré en vigueur ; le département d’État américain date de ce jour sa reconnaissance de l’indépendance. Avec 17 727 habitants (estimation de l’ONU au 1er juillet 2023), les Palaos comptent parmi les plus petits pays du monde.

Érythrée

La lutte armée de l’Érythrée contre le pouvoir éthiopien a commencé en 1961 et s’est achevée en mai 1991. Lors d’un référendum observé par l’ONU du 23 au 25 avril 1993, 99,83 % des votants ont choisi l’indépendance, la proportion la plus élevée de tous les scrutins cités ici. L’indépendance est datée du 24 mai 1993 et l’ONU a admis l’Érythrée quatre jours plus tard.

Tchéquie et Slovaquie

La Tchécoslovaquie s’est scindée pacifiquement à minuit le 31 décembre 1992 : c’est le « divorce de velours ». L’Assemblée fédérale avait voté la dissolution par une loi constitutionnelle le 25 novembre 1992, sans référendum. Aucun des deux États ne revendiquant seul la succession, tous deux ont demandé leur admission comme nouveaux membres et sont entrés ensemble à l’ONU le 19 janvier 1993.

La vague de 1990-1992

Ces huit États sont les derniers arrivés, mais l’essentiel des changements de l’après-guerre froide s’est joué en trois ans. La Namibie est devenue indépendante de l’administration sud-africaine le 21 mars 1990. Avec la dissolution de l’Union soviétique en 1991, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont entrées à l’ONU le 17 septembre 1991, huit autres anciennes républiques soviétiques le 2 mars 1992 et la Géorgie le 31 juillet 1992. Issues de la Yougoslavie, la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine ont été admises le 22 mai 1992, et la Macédoine du Nord le 8 avril 1993.

Diagramme en barres des 193 membres actuels de l’ONU selon la décennie d’admission : 57 de 1945 à 1949, 24 dans les années 1950, 42 dans les années 1960, 25 dans les années 1970, 7 dans les années 1980, 32 dans les années 1990, 5 dans les années 2000 et 1 dans les années 2010
Graphique : les 193 membres actuels de l’ONU par décennie d’admission. Les années 1990 en ont ajouté 32 ; six seulement sont entrés depuis 2000 (source : Wikipédia, États membres de l’ONU).

Toutes les admissions des années 1990 ne correspondent pas à de nouveaux pays. Le Liechtenstein (1990), Saint-Marin (1992), Andorre et Monaco (1993) étaient des États anciens qui ont choisi d’adhérer, et Kiribati, Nauru et les Tonga (1999) étaient indépendants depuis des années avant d’occuper leur siège. Depuis 2000, six États seulement ont été admis : la Serbie (sous le nom de République fédérale de Yougoslavie) et les Tuvalu en 2000, la Suisse et le Timor oriental en 2002, le Monténégro en 2006 et le Soudan du Sud en 2011.

Y aura-t-il un prochain pays ?

Le candidat le plus avancé est Bougainville, région autonome de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lors d’un référendum non contraignant en 2019, 97,7 % des votants ont choisi l’indépendance. Le résultat ne prendra effet que si le Parlement papouan le ratifie ; celui-ci a commencé à l’examiner le 27 août 2026, sans date de vote fixée. Les dirigeants de Bougainville visent la pleine souveraineté en 2030.

Ce que Beelad indique pour ces pays

Chacun des pays du tableau a une fiche sur Beelad avec sa capitale, sa population, sa superficie, sa monnaie, son indicatif téléphonique, ses codes ISO et son fuseau horaire. Ces fiches n’indiquent ni la date d’indépendance ni la date d’admission à l’ONU : c’est cet article qui les rassemble. Le Kosovo a une fiche parce que Beelad l’inclut, comme le Vatican et Taïwan ; ce choix de couverture ne constitue pas une prise de position sur son statut.

L’essentiel

  • Le dernier membre admis à l’ONU est le Soudan du Sud, le 14 juillet 2011. Aucun État n’a été admis depuis.
  • Le Kosovo a proclamé son indépendance après le Monténégro, en 2008, mais n’est pas membre de l’ONU. Selon la source, il serait reconnu par 84 à environ 120 États.
  • La Serbie et la Suisse apparaissent souvent à tort dans les listes de « nouveaux pays » : la première est un État continuateur, la seconde un État ancien entré tard à l’ONU.
  • Le Monténégro a franchi son seuil de 55 % avec 2 095 voix d’avance.
  • Le Timor oriental a reçu sa souveraineté d’une administration de l’ONU en 2002, pas directement de l’Indonésie.
  • Pour les données qui évoluent, comme les reconnaissances, vérifiez toujours la date du chiffre.

Questions fréquentes

Quel est le pays le plus récent du monde ?

Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis le 9 juillet 2011 et admis à l’ONU le 14 juillet 2011 comme 193e membre. Le Kosovo a proclamé son indépendance plus tôt, le 17 février 2008, et n’est pas membre de l’ONU.

Quel pays est devenu indépendant juste avant le Soudan du Sud ?

Le Kosovo, qui a proclamé son indépendance le 17 février 2008 mais n’est reconnu que par une partie des États. Si l’on ne compte que les membres de l’ONU, c’est le Monténégro, indépendant le 3 juin 2006 et admis à l’ONU le 28 juin 2006.

Combien de pays reconnaissent le Kosovo ?

Cela dépend de la source. En octobre 2026, le gouvernement du Kosovo avance environ 120 membres de l’ONU, un décompte indépendant sur Wikipédia en donne au moins 110 sur 193, et le gouvernement serbe en compte 84 après les retraits qu’il annonce.

La Serbie est-elle un nouveau pays ?

Non. Lorsque le Monténégro a quitté la Communauté d’États Serbie-et-Monténégro en 2006, la Serbie a assuré la continuité juridique de cet État et a conservé son siège à l’ONU, qui date du 1er novembre 2000.

Sources

  1. Member states of the United Nations, Wikipédia (en anglais)
  2. International recognition of Kosovo, Wikipédia (en anglais)
  3. Independence Referendum (South Sudan, 2011), Peace Accords Matrix, université de Notre-Dame
  4. 2006 Montenegrin independence referendum, Wikipédia (en anglais)
  5. 1999 East Timorese independence referendum, Wikipédia (en anglais)
  6. A Guide to the United States' History of Recognition: Palau, Département d’État des États-Unis, Office of the Historian

Les repères du Soudan du Sud

La fiche Beelad du Soudan du Sud donne sa capitale, sa population, sa superficie, sa monnaie, son indicatif et ses codes ISO. Les dates d’indépendance n’y figurent pas : elles sont dans cet article.

Voir la fiche du Soudan du Sud →
Cecile Ancieux
Créatrice · Développeuse web senior et défenseure de la confidentialité des données

Cécile est ingénieure logicielle et conçoit depuis plus de dix ans des applications JavaScript côté client et des outils open source. Elle rédige et relit les articles et les données pays de Beelad, en vérifiant chaque chiffre auprès de l'ISO, de l'ONU et des instituts statistiques nationaux.

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